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Les contes du monde entier


1-Apendi et les enfants

Quatre enfants voulurent un matin jouer un tour à ce fourbe d'Apendi. Pour une fois, ce serait lui, ce coquin d'homme, qui mangerait la poussière du chemin.
-Apendi, Apendi, sais-tu ce qui dois arriver demain ? lui demanda sérieusement le plus âgé des quatre garçons.
-Eh non. Dis-le moi donc...
-Demain c'est la fin du monde ! C'est l'ichan lui-même qui l'a dit.
-Vraiment !
-Oui, oui. Et d'ailleurs, tu ferais bien de faire rôtir ton agneau aujourd'hui, parce que demain, il sera trop tard. Plus personne ne sera là pour le manger. Ni toi, ni moi, ni personne d'autre !
-Ah, vous faites bien de me prévenir, les enfants. Et puis, vous avez raison, il faut allez chercher cet agneau sans tarder. Venez donc avec moi.
Apendi et les enfants s'installèrent au bord du lac pour égorger l'animal. Pendant qu'Apendi dépeçait la bête, les enfants ramassèrent quelques branches de bois bien sec pour faire le feu. Puis ils déclarèrent :
-Maintenant, fais cuire l'agneau, nous, nous allons nous baigner.
Ils étaient tellement excités qu'ils se déshabillèrent en toute hâte. Un pantalon à droite, une tunique à gauche, une botte par-ci, une botte par-là... Quel désordre ! Il y en avait partout !
Dès qu'Apendi les entendit barboter dans l'eau, se chamailler et se poursuivre en riant, il ramassa les vêtements un à un et les jeta dans le feu puis il se frotta les mains en regardant les flammes crépiter joyeusement.
Enfin, les enfants sortirent de l'eau.
-Apendi, Apendi, où as-tu caché nos vêtements ? s'écrièrent-ils, tout ruisselants et frissonnants.
-Ah, mes amis, ne les cherchez pas. Comme l'agneau ne cuisait pas assez vite, j'ai dû les mettre au feu pour nourrir la flamme. De toute façon, j'ai pensé que vous n'en auriez bientôt plus besoin, puisque demain c'est la fin du monde !

13 contes de Mongolie, L.DE CAZENOVE O.WEULERSSE. Editions CASTOR POCHE Flammarion.

2-La tête et la queue

La tête et la queue, un jour, se disputèrent.
La tête dit :
-Je suis la plus importante.
La queue affirma :
-C'est moi la plus importante.
La tête reprit :
-Moi, j'ai une bouche pour manger, des oreilles pour entendre et des yeux pour voir et nous diriger. Quand nous avançons, je suis toujours la première.
La queue dit :
-C'est grâce à moi que nous pouvons aller de l'avant.
Et, pour montrer son pouvoir, la queue s'enroula trois fois autour d'un arbre et refusa trois jours durant de se dénouer.
La tête, qui ne pouvait ni manger ni boire, commençait à souffrir de la faim et de la soif :
-Libérez-nous par pitié !
-Je le ferez si vous reconnaissez que je suis la plus importante !
-C'est bon, dit la tête, je reconnais que vous êtes la plus importante de nous deux.
-C'est bien. Mais j'exige de passer la première, ajouta la queue.
-J'accepte, répondit la tête.
La queue se déroula et passa la première, devant la tête. Elle avança, sans rien voir et les mena tout droit dans un fossé où un feu brûlait. Elles y moururent toutes les deux.
Cette histoire raconte que, lorsque la personne qui sait où doit se diriger un groupe n'est pas capable d'en convaincre les autres, ils iront tous à l'échec.

17 contes du bouddhisme, THALIE DE MOLÈNES. Editions CASTOR POCHE Flammarion.

3-Le lion et le chien

Il y avait à Londres une ménagerie que l'on pouvait visiter soit en prenant un billet, soit en remettant au contrôle, au lieu d'argent, des chiens ou des chats qui servaient de nourriture aux animaux.
Un pauvre homme qui n'avait pas d'argent voulut, un jour, voir des bêtes féroces. Il attrapa un petit chien dans la rue et le porta à la ménagerie. On le laissa entrer. Quant au petit chien, on le lui prit et on le jeta dans la cage du lion pour qu'il en fît son repas.

Le petit chien mit sa queue entre ses jambes et se blottit dans un coin. Le lion alla vers lui et le flaira un instant. Le petit chien s'était mis sur le dos, les pattes en l'air, et agitait la queue. Le lion le tâta de la patte et le remit d'aplomb. Le petit chien se redressa et fit le beau. Le lion le suivait des yeux, portant sa tête tantôt à droite, tantôt à gauche, et ne le touchait pas.

Quand le gardien de la ménagerie lui eut lancé sa ration de viande, le lion en déchira un morceau qu'il laissa pour le petit chien. Vers le soir, quand le lion se coucha pour dormir, le petit chien ne quitta pas la cage du lion. Le lion le laissait tranquille, et quelquefois jouait avec lui.

Le lion et le petit chien vécurent une année entière dans la cage. Un jour, le petit chien tomba malade et mourut. Le lion refusa alors de manger : il ne cessait de flairer le petit chien que pour le caresser, et il le touchait de sa patte. Le gardien voulut enlever le cadavre, mais le lion ne laissait approcher personne. Le directeur pensa calmer le chagrin du lion en mettant dans la cage un autre petit chien vivant. Sur l'heure, le lion le mit en pièces. Puis il prit le petit chien mort entre ses pattes et, cinq jours durant, il resta couché en le tenant ainsi embrassé. Le sixième jour, le lion mourut.

D'après Léon Tolstoï. "Histoire vraie."

4-L'avare marié

Il était une fois un homme très riche. Il avait des terres, du bétail, une forêt, des tas de pièces d'or et beaucoup de sacs de grain. Ses terres étaient si vastes qu'il devait engager des ouvriers pour les travailler. Mais comme il était très avare, il ne voulait pas les payer.
Un beau jour, notre homme décida de se marier. Il se disait qu'une femme pouvait travailler dur, sans manger grand-chose et sans demander de salaire. Il épousa donc Maigriotte, la fille la plus pauvre et la plus maigre du village.
Après la noce, il fit semblant de dormir pour que sa femme n'ose pas lui demander à manger. Il resta comme ça un jour et une nuit.
Après tout ce temps, Maigriotte avait très faim. Alors, elle rentra dans le poulailler, attrapa un poulet, le pluma et le fit cuire. Lorsque l'avare vit cela, il fut furieux et se sentit mal. La pauvre femme le soigna de son mieux puis elle lui offrit de la soupe de poulet. Mais l'avare souffrait tellemnt d'avoir perdu une de ses volailles qu'il s'évanouit.
Affolée Maigriotte rameuta tout le village de ses cris. Les parents, les voisins, le maire et le notaire arrivèrent à la hâte. Voyant que l'homme était sur le point de mourir, le notaire lui demanda s'il laissait tout à sa femme. Lorsqu'il entendit le mot "tout", l'avare tomba raide mort.
C'est ainsi que Maigriotte devint très riche. Quelque temps après, tout le monde l'appela Boulotte.

Conte populaire roumain.

5-La part du lion

Il était quatre, partis à la chasse ensemble : le Lion, maître du désert, le Tigre, la Panthère, et le Chacal, le plus faible des quatre, le plus petit, mais le plus malin. Il avait trotté tout le jour, cherchant des proies.
Le soir venu, ils entassèrent leur butin : une gazelle, un sanglier et un lièvre.

Les chasseurs avaient faim. Alors le Lion dit au Tigre :
"Fais vite les parts, ô Tigre, que nous puissions dîner."
Craignant de ne point satisfaire le roi du désert, Tigre répondit :
"Fais-les toi-même, ô Lion. N'es-tu pas notre seigneur ?
- Je suis las et n'en ai pas envie.
- Alors, tire-les au sort."
"Tigre, j'ai ordonné. À toi d'obéir."

Tigre, tremblant, se hâta de distribuer les parts du gibier.
"Lion, tu auras la gazelle ; moi, Tigre, je prendrai le sanglier ; Panthère et Chacal se partagerons le lièvre."
Tigre croyait avoir bien fait les choses. Il pensait même que le Lion serait content. Et, du regard, il sollicitait l'approbation du Lion.
Mais Lion leva sa patte armée de fortes griffes et, d'un coup puissant, il frappa le Tigre qui s'abattit sur le sable en hurlant, la jambe cassée.

"Tu ne sais pas faire un partage, déclara-t-il au blessé. Chacal, sépare les proies et prends garde de me faire languir. J'ai faim."
Chacal, la queue entre les jambes, s'empressa d'obéir. Il prit la gazelle dans ses bras, la traîna jusqu'à Lion, et lui dit :
"Voici."
Puis aussitôt saisit le sanglier qu'il déposa devant Lion en ajoutant :
"Et voilà pour ton dîner, ô Lion. Quant au lièvre, il suffira amplement pour Tigre, Panthère et moi-même.
- Cela est bon. Voilà un partage qui me plaît. Qui donc, Chacal, t'apprit à si bien répartir le butin ?"
Et pour une fois, le Chacal répondit, en toute vérité :
"C'est la jambe cassée du Tigre, seigneur."

D'après Jean Mauclère, Contes arabes.

6-Le chien qui se cherchait un compagnon

Il y a de cela bien longtemps, le chien vivait seul dans les bois, et non dans les maisons comme aujourd'hui. Un beau jour, il décide de ne plus vivre seul. Il se met alors à la recherche d'un compagnon. Il se promène longtemps sans rencontrer personne ; et voilà que tout à coup, entre deux arbres, il aperçoit un lièvre qui fuyait.
"Eh ! petit lièvre, crie le chien. Ne te sauve pas. Écoute-moi ! Ne veux-tu pas que nous vivions ensemble ? Ce serait bien plus amusant !
- Ma foi, dit le lièvre, pourquoi pas ? Essayons !"

Ils choisissent un joli petit coin dans la forêt et s'y installent. La nuit venue, ils se couchent. Le petit lièvre s'endort tout de suite, mais le chien reste éveillé ; il y a des feuilles qui tombent, des branches qui craquent, des oiseaux de nuit qui passent ... et chaque fois il aboie. Le petit lièvre ne peut pas dormir. Il se fâche et dit au chien :
"Cesseras-tu d'aboyer, à la fin ? Si jamais le loup t'entendait, il viendrait nous dévorer tous les deux ..."
Le chien cesse d'aboyer et réfléchit :
"Il n'est pas fameux, mon compagnon ... il est peureux ! ... Le loup vaudrait peut-être mieux, puisqu'il fait peur au lièvre ..."
Et le chien, laissant là le petit lièvre, s'en va à la recherche du loup.

Il cherche longtemps et, tout à coup, il l'aperçoit qui sort d'un buisson.
"Eh ! loup gris, museau pointu ! crie le chien. Écoute-moi ! Ne veux-tu pas que nous vivions ensemble ? Ce serait bien plus amusant !
- Ma foi, dit le loup, pourquoi pas ? Essayons !"
Le soir venu, ils s'installent pour dormir. Mais, au beau milieu de la nuit, le chien, réveillé par un bruit, se met à aboyer.
Effrayé, le loup se réveille à son tour :
"Tais-toi donc ! dit-il au chien. Si jamais l'ours t'entendait, il nous dévorait tous les deux ..."
"Ça, pense le chien, il n'est pas beaucoup plus courageux que le lièvre ... Il a peur de l'ours qui est certainement plus fort que lui !"
Et le chien, laissant là le loup, s'en alla à la recherche de l'ours.

Il le cherche longtemps, parmi les arbres, les rochers. Et voici que, soudain, il se trouve nez à nez avec lui. C'est un gros ours brun et qui n'a pas l'air commode.
"Eh ! ours brun ! Ne veux-tu pas que nous vivions ensemble ? Ce serait bien amusant !
- Ma foi, pourquoi pas ? répondit celui-ci. Essayons !"
Ils se promènent toute la journée et, le soir venu, ils se couchent. À peine l'ours est-il endormi, que le chien se met à aboyer.
Réveillé en sursaut, l'ours tremble de frayeur. Furieux, il dit au chien :
"Mais tais-toi donc ! Si jamais l'homme t'entendait, il viendrait nous tuer ..."

"Eh bien, pense le chien, celui-là ne vaut pas mieux que les autres : il a peur de l'homme !"

Et, plantant là l'ours qui s'était endormi, il part à la recherche de l'homme.
Mais il a beau chercher dans la forêt entière, il n'en trouve pas. Il sort sur la lisière et s'assied pour se reposer. Alors, il voit un homme qui s'avance vers lui : un bûcheron qui vient couper du bois.
Quand le bûcheron est tout près, le chien lui dit :
"Écoute-moi, homme, toi qui fais peur à l'ours, qui fais peur au loup, qui fais peur au lièvre ... Ne veux-tu pas me prendre comme compagnon ?
- Et pourquoi pas ? dit l'homme. Viens avec moi, nous verrons !"
Et l'homme amène le chien dans sa maison.

Le soir, l'homme se couche et s'endort. Au milieu de la nuit, le chien se met à aboyer. L'homme ne bouge pas. Le chien aboie plus fort. Alors, l'homme se réveille et lui crie :
"Eh ! brave chien ! Mange si tu as faim, bois si tu as soif ! Mais laisse-moi dormir tranquille, s'il te plaît !"
"Il n'a donc peur de rien !", pense le chien. Il mangea, but et s'endormit à son tour. Et, depuis ce temps-là, le chien est resté le compagnon de l'homme.

D'après Natha Capatu. "Contes des quatre vents."(Nathan, édit.)




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